Yema Granvelle Renaissance CMM.29 : notre test du micro-rotor français
Il existe une question que l’horlogerie française évitait depuis trente ans, et la Granvelle Renaissance y répond frontalement : une marque hexagonale peut-elle produire un mouvement qui lui appartienne vraiment, et le vendre au prix d’une montre à calibre suisse de série ?
La réponse tient dans un disque de tungstène de quelques millimètres, visible par le fond saphir, et dans un détail qu’on ne voit pas du tout : le roulement à billes sur lequel il tourne. Nous avons porté la Granvelle Renaissance CMM.29 pendant plusieurs semaines, au bureau comme en déplacement.

Yema, Morteau et ce que « français » veut dire
Yema est née à Besançon en 1948. Comme toute l’horlogerie française, la maison a traversé la crise du quartz, changé de mains plusieurs fois, et passé des décennies à vendre des montres animées par des mouvements achetés ailleurs. Rien de déshonorant : c’est le sort de l’immense majorité des marques, y compris suisses.
Ce qui a changé, c’est l’atelier de Morteau. Cette petite ville du Doubs, à quelques kilomètres de la frontière suisse, est le berceau historique de l’horlogerie française. Les savoir-faire horlogers de l’arc jurassien sont inscrits depuis 2020 au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Yema y a installé ses ateliers, y conçoit et y assemble ses calibres maison, et s’approvisionne auprès de partenaires situés dans un rayon de 72 kilomètres.
Soyons précis, parce que c’est exactement là que beaucoup d’articles deviennent flous. Le CMM.29 est conçu et assemblé à Morteau, et ses composants proviennent de France et de Suisse, dans ce rayon de 72 kilomètres. Ce n’est donc pas un mouvement intégralement français, et Yema ne le prétend pas dans sa documentation technique. C’est un calibre de manufacture au sens industriel du terme : la marque en maîtrise l’architecture, la production d’une partie des composants et l’assemblage.
Cette nuance n’enlève rien à la performance. Elle évite simplement d’acheter un récit à la place d’un objet.
Les chiffres
| Diamètre | 37,5 mm |
|---|---|
| Épaisseur | 8,50 mm |
| Entrecorne | 46,30 mm |
| Largeur de cornes | 18 mm |
| Poids | 80 grammes |
| Boîtier | Acier 316L poli et brossé vertical, lunette brossée soleil |
| Couronne | Acier poli et sablé, logo Yema embossé |
| Glace | Saphir traité antireflet, fond saphir |
| Étanchéité | 50 mètres, soit 5 bars |
| Cadran | Construction multi-niveaux, gris sur notre exemplaire |
| Index et aiguilles | Acier facetté appliqué, Super-LumiNova BGW9 grade A |
| Bracelet | Cuir fuselé de 18 à 14 mm, boucle ardillon acier facettée |
| Mouvement | Calibre manufacture Yema CMM.29, micro-rotor sur roulement à billes |
| Garantie | Cinq ans, internationale, sur le mouvement |
| Prix | 2 100 euros |
Le chiffre à retenir n’est pas le diamètre, c’est le couple 8,50 mm d’épaisseur pour 80 grammes. Une automatique de manufacture avec 70 heures de réserve sous les 9 mm relève de l’exercice de style. Beaucoup de montres habillées équipées de calibres de série dépassent les 11 mm pour en offrir moins. Nous y revenons dans la partie consacrée au mouvement, parce que c’est là que se joue toute la démonstration.
Le dessin : un palais de Besançon au poignet
Le nom n’est pas décoratif. Le palais Granvelle, à Besançon, est un édifice Renaissance du XVIe siècle qui abrite aujourd’hui le Musée du Temps de la ville. Difficile de trouver plus cohérent comme parrainage pour une montre française.
Le boîtier coussin en reprend la logique architecturale : des lignes tendues, des angles adoucis, et cette impression d’un carré qui aurait été poli jusqu’à devenir confortable. La carrure est cannelée, la lunette reçoit un brossage soleil, et la couronne redessinée alterne poli et sablé avec le logo embossé.

Le travail de finition mérite d’être détaillé, parce qu’il est au-dessus de ce que le prix laisse attendre. Poli, brossage vertical et brossage soleil se rencontrent sur des arêtes nettes, sans bavure ni zone floue. C’est exactement le genre de détail qu’on sacrifie en premier quand il faut tenir un prix, et Yema ne l’a pas sacrifié.
Une remarque de porté. Avec 37,5 mm de diamètre et 46,30 mm d’entrecorne, la Renaissance se pose exactement là où une montre habillée doit se poser : elle occupe le poignet sans le déborder. C’est un format classique au sens strict, et c’est devenu suffisamment rare pour être signalé. En revanche, si vous venez d’une montre de 42 mm, l’écart se sentira les premiers jours.
Le cadran
C’est ici que la Renaissance se distingue le plus nettement des Granvelle qui l’ont précédée. Le cadran n’est plus imprimé mais construit en plusieurs niveaux, avec un médaillon central dont la gravure géométrique s’inspire des motifs de toiture du palais. Le chemin de fer des heures est en creux, et un rehaut vient fermer la composition.
Les index sont des éléments d’acier facettés rapportés, et non plus des impressions. Les aiguilles suivent le même traitement, polies et facettées, garnies de Super-LumiNova BGW9 grade A. C’est un changement de catégorie : l’ajout de matière crée des ombres et des reflets qui font vivre le cadran selon l’inclinaison, là où un cadran imprimé reste plat quoi qu’il arrive.
Trois coloris sont proposés : vert, bleu et noir. Notre exemplaire de test est gris, une teinte qui tire vers l’anthracite sous lumière rasante et s’éclaircit nettement de face. Le noir est le plus strict, le vert le plus démonstratif, le bleu tient le milieu.
La petite seconde est placée à 9 heures plutôt qu’à 6, ce qui reste un parti pris. La convention sur une montre habillée veut qu’elle se trouve sous le logo, ce qui équilibre l’ensemble. Yema assume une asymétrie héritée de l’architecture du calibre. On s’y habitue vite, mais la première semaine, l’œil y retourne.
Le calibre CMM.29, le vrai sujet
Retournez la montre. Le fond saphir donne sur un mouvement dont la masse ne masque pas la moitié de la vue, puisqu’il s’agit d’un micro-rotor logé dans l’épaisseur du calibre plutôt que posé par-dessus.
| Type | Automatique à micro-rotor, monté sur roulement à billes |
|---|---|
| Réserve de marche | 70 heures |
| Précision réglée | -3 / +7 secondes par jour |
| Fréquence | 28 800 alternances par heure, soit 4 Hz |
| Fonctions | Heures, minutes, petite seconde |
| Micro-rotor | Alliage de tungstène haute densité |
| Décoration | Ponts rhodiés, Côtes de Genève en soleil rayonnant |
| Origine | Conçu et assemblé à Morteau, composants France et Suisse |
Trois de ces lignes méritent une explication, parce qu’elles expliquent pourquoi cette montre existe.
Le micro-rotor en tungstène. Sur une automatique classique, une masse oscillante balaie tout le mouvement et impose son épaisseur par-dessus. Un micro-rotor s’encastre au même niveau que les rouages, ce qui fait gagner un à deux millimètres sur la montre entière. Son défaut est qu’étant plus petit, il remonte moins bien. La solution consiste à le rendre extrêmement dense : le tungstène a une masse volumique proche de celle de l’or, environ deux fois et demie celle de l’acier. À volume égal, il arme donc bien davantage. C’est une solution coûteuse, habituellement réservée à des calibres nettement plus chers.
Le roulement à billes. C’est la différence concrète entre le CMM.29 et le calibre qui l’a précédé, et elle ne se voit pas sur une photo. Une masse oscillante peut tourner sur un palier lisse ou sur un roulement à billes. Le roulement offre moins de frottement, donc un remontage plus efficace, et il s’use moins vite. Sur un micro-rotor, dont le rendement est déjà le point faible par construction, ce n’est pas un détail de catalogue : c’est précisément là qu’il fallait travailler.
Le -3/+7. C’est très proche de la tolérance chronométrique officielle du COSC, fixée à -4/+6 secondes par jour. Sans être certifiée, la Renaissance se situe donc dans ce voisinage. Sur notre exemplaire, la dérive constatée en usage réel est restée dans la fourchette annoncée.

Côté décoration, les ponts sont rhodiés et reçoivent des Côtes de Genève en soleil rayonnant, c’est-à-dire des stries qui divergent depuis un point plutôt que parallèles. C’est plus difficile à exécuter proprement, et nettement plus vivant sous la lumière. À 2 100 euros, ce niveau de traitement sur un calibre de manufacture reste une anomalie de marché.
Au poignet
La Renaissance appartient à la catégorie des montres qui disparaissent sous une manchette. C’est précisément ce qu’on demande à une montre habillée, et les 8,50 mm y sont pour tout. Les 80 grammes font le reste : on l’oublie en une heure.
Le bracelet en cuir est fuselé de 18 à 14 millimètres, un choix d’esthétique classique qui affine la silhouette vue de dessus et prolonge le dessin du boîtier. La boucle ardillon reprend le vocabulaire architectural du reste, facettée, polie et brossée verticalement.
La montre est livrée dans un coffret en bois laqué à intérieur suédine, avec un logement pour la carte de garantie. Sur un objet à ce prix, l’emballage participe de la sensation d’achat, et Yema ne l’a pas négligé.
Notre notation
La montre française la plus convaincante de sa décennie
Ce qui pourrait vous déranger
50 mètres d’étanchéité. C’est suffisant pour la pluie, les mains lavées et une averse imprévue. Ce n’est pas suffisant pour nager sereinement, et encore moins pour plonger. Sur une montre habillée, c’est la norme du segment, mais si vous cherchez une montre unique à tout faire, ce n’est pas celle-ci.
Le bracelet fuselé de 18 à 14 mm. C’est élégant, et c’est contraignant. Un bracelet fuselé ne se trouve pas au coin de la rue : la plupart des bracelets du marché sont droits. Remplacer celui d’origine par un modèle 18 mm droit fonctionne, mais casse une partie de la ligne. Sur une montre que l’on garde dix ans, cela mérite d’être pesé.
Une boucle ardillon. D’autres Granvelle sont livrées avec une boucle déployante. Ici c’est un ardillon, certes joliment dessiné, mais qui use le cuir plus vite au niveau des trous. C’est un choix esthétique cohérent avec le classicisme du modèle, pas une économie flagrante, mais la déployante manque.
La petite seconde à 9 heures. L’asymétrie se voit. C’est une préférence personnelle, pas un défaut de fabrication, et une partie des amateurs y verra au contraire une signature. Regardez des photos du cadran avant de commander : c’est le point sur lequel les avis divergent le plus.
37,5 mm, c’est un format d’époque. Pour certains, c’est exactement la bonne taille retrouvée. Pour ceux qui viennent d’une montre de 42 mm, la première semaine demandera un ajustement du regard.
Des composants suisses. Si votre motivation d’achat est d’avoir une montre intégralement produite en France, la Renaissance n’y répond pas complètement, et il vaut mieux le savoir avant qu’après. Elle reste, à notre connaissance, ce qui s’en approche le plus à ce niveau de prix.
Face à la concurrence
À 2 100 euros, la question n’est pas de savoir s’il existe de belles montres. Il en existe beaucoup. La question est de savoir ce qu’on obtient d’autre pour la même somme.
Le marché à ce tarif est dominé par des montres animées par des calibres de série, excellents et éprouvés, mais que l’on retrouve à l’identique chez dix marques différentes. On achète alors un boîtier, un cadran et un nom. C’est parfaitement légitime, et souvent très réussi.
Ce que la Renaissance propose est d’une autre nature : un mouvement dont l’architecture appartient à la marque, avec une complication de construction, le micro-rotor, qu’on rencontre habituellement à partir de cinq à dix mille euros. Les micro-rotors sous 2 500 euros se comptent sur les doigts d’une main, et aucun n’est français.
Ajoutez-y la garantie de cinq ans sur le mouvement, quand la norme du secteur reste deux ans, et le calcul change encore. Une marque qui garantit son propre calibre cinq ans envoie un signal sur ce qu’elle pense de sa fiabilité.
C’est cette anomalie, plus que le patriotisme, qui rend la montre intéressante.
Pour qui
Oui, si vous cherchez une montre habillée que vous garderez longtemps, si la mécanique vous intéresse autant que l’esthétique, si les formats classiques vous parlent, et si l’idée d’un calibre de manufacture à ce prix vous séduit.
Non, si vous voulez une seule montre pour tout faire, si vous nagez avec, si vous changez de bracelet tous les mois, ou si une petite seconde décentrée vous gêne durablement.
Verdict
La Granvelle Renaissance CMM.29 réussit ce que l’horlogerie française tentait depuis longtemps sans y parvenir : proposer un objet qui se défend sur la fiche technique, et pas seulement sur le drapeau.
Le calibre est le cœur de la démonstration, et il tient ses promesses : 70 heures, -3/+7, un micro-rotor en tungstène désormais monté sur roulement à billes, une décoration soignée. Autour, le cadran construit en plusieurs niveaux et les index appliqués font passer la montre dans une catégorie supérieure à celle de ses devancières. Le confort est réel, et le prix ne ressemble à rien de ce que pratique la concurrence pour une prestation comparable.
Les réserves existent, et nous les avons listées sans les adoucir. Elles portent toutes sur des choix de positionnement, aucune sur la qualité d’exécution. C’est précisément ce qui sépare une bonne montre d’une montre mal faite.
4,9/5. À ce prix, il n’y a pas d’équivalent.
La montre en images







FAQ
Quelle différence entre le calibre CMM.29 et le CMM.20 ?
Le CMM.29 est une évolution de l’architecture à micro-rotor du CMM.20. La différence principale est que la masse oscillante est désormais montée sur roulement à billes plutôt que sur palier lisse, ce qui réduit les frottements, améliore l’efficacité du remontage et limite l’usure dans le temps. Les performances annoncées restent les mêmes : 70 heures de réserve, 28 800 alternances par heure et une précision réglée à -3/+7 secondes par jour.
Le calibre CMM.29 est-il vraiment fabriqué en France ?
En partie. Le mouvement est conçu et assemblé dans les ateliers Yema de Morteau, dans le Doubs, et ses composants proviennent de France et de Suisse, auprès de fournisseurs situés dans un rayon de 72 kilomètres autour de Morteau. Yema parle de calibre manufacture, ce qui est exact au sens industriel du terme, mais il ne s’agit pas d’un mouvement dont chaque pièce serait produite en France.
Qu’est-ce qu’un micro-rotor et pourquoi cela change quelque chose ?
Sur une montre automatique classique, une masse oscillante balaie tout le mouvement et se superpose aux rouages, ce qui ajoute de l’épaisseur. Un micro-rotor est une masse plus petite, encastrée au même niveau que les autres composants. La montre gagne un à deux millimètres et le mouvement reste visible par le fond. L’inconvénient est qu’une masse plus petite remonte moins efficacement, ce que Yema compense avec un alliage de tungstène très dense et, sur le CMM.29, avec un roulement à billes.
Combien de temps la montre fonctionne-t-elle si je ne la porte pas ?
70 heures, soit près de trois jours pleins. Concrètement, une montre posée le vendredi en fin de journée fonctionne encore le lundi matin. C’est le principal argument pratique du calibre pour une montre que l’on porte par intermittence.
Quelle est la précision réelle au quotidien ?
Yema règle le calibre entre -3 et +7 secondes par jour, ce qui est très proche de la tolérance chronométrique officielle du COSC, fixée à -4/+6. La montre n’est pas certifiée, mais sur notre exemplaire la dérive est restée dans la fourchette annoncée pendant toute la durée du test.
Peut-on nager avec la Yema Granvelle Renaissance ?
Non, ce n’est pas conseillé. L’étanchéité est de 50 mètres, soit 5 bars, ce qui couvre la pluie, le lavage des mains et les éclaboussures, mais pas la nage régulière ni la plongée. C’est une montre habillée, et son bracelet en cuir confirme cet usage.
37,5 mm, est-ce trop petit pour un poignet large ?
C’est un format classique, celui des montres habillées d’avant l’inflation des diamètres. L’entrecorne de 46,30 mm compense en partie et évite l’effet montre perdue sur le poignet. Si vous portez habituellement des montres de 42 mm et plus, l’écart se sentira les premiers jours. Au-delà de 19 centimètres de tour de poignet, mieux vaut l’essayer.
Quels coloris de cadran existent ?
Trois : vert, bleu et noir. Tous partagent la même construction multi-niveaux avec un médaillon central gravé d’un motif géométrique inspiré des toitures du palais Granvelle, un chemin de fer en creux et un rehaut extérieur. Le noir est le plus strict, le vert le plus marqué, le bleu le compromis entre les deux.
Peut-on changer le bracelet facilement ?
Oui, mais avec une réserve. L’entrecorne est de 18 millimètres, une cote très répandue, donc le choix est vaste. En revanche, le bracelet d’origine est fuselé, c’est-à-dire qu’il s’affine de 18 à 14 millimètres vers la boucle. La plupart des bracelets du commerce sont droits : ils se montent sans problème, mais modifient la silhouette voulue par le dessinateur.
Combien coûte la Yema Granvelle Renaissance CMM.29 et quelle est la garantie ?
2 100 euros, livrée dans un coffret en bois laqué à intérieur suédine. La garantie est de cinq ans, internationale, et porte sur le mouvement mécanique. C’est nettement au-dessus des deux ans habituels du secteur.
Existe-t-il d’autres micro-rotors à ce prix ?
Très peu. Le micro-rotor est une solution technique que l’on rencontre habituellement à partir de cinq à dix mille euros, parce qu’elle impose une architecture de mouvement spécifique et une masse en métal dense. Sous 2 500 euros, les exemples se comptent sur les doigts d’une main, et la Granvelle Renaissance est la seule d’origine française.
* Transparence : la Yema Granvelle Renaissance CMM.29 nous a été prêtée par la marque dans le cadre d’un partenariat éditorial, puis restituée à l’issue du test. Nous ne percevons aucune contrepartie financière, aucune commission et ne publions aucun lien affilié. Notre avis reste entièrement libre. Méthodologie : les dimensions, les caractéristiques du calibre, les matériaux, la garantie et les tarifs proviennent de la documentation technique officielle de Yema, consultée le 29 septembre 2026, et ont été recoupés avec les relevés effectués pendant le test. Les prix sont indiqués en euros, toutes taxes comprises, et susceptibles d’évoluer. Sources complémentaires : fiche produit officielle Yema, Monochrome Watches, Passion Horlogère.



